Lettre ouverte au Président de la République

Lettre ouverte au Président de la République

-Le Félibrige (organisation fondée par Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature) écrit une lettre ouverte au Président de la République et au Gouvernement.
-La lettre comprend cinq points principaux que sont la Charte des langues régionales ou minoritaires, l’enseignement des langues régionales, la loi NOTRe, le service public de l’audio-visuel, la création et la diffusion relatives à la culture d’oc.
-Le Félibrige voit au travers de la ratification de la Charte, au delà de la prise en compte de la diversité linguistique et culturelle, un certain refus de la globalisation, la volonté de promouvoir une civilisation plus humaine. Il demande qu’une vraie dynamique de valorisation de l’enseignement de la langue d’oc soit instituée sous l’impulsion des recteurs et que les Conseils académiques des langues et cultures régionales fonctionnent dans l’ensemble des académies, qu’ils soient le véritable moteur des moyens et de l’offre. Le Félibrige, également, s’insurge contre le service public de l’audio-visuel qui ne remplit qu’à minima son cahier des charges en matière de langues régionales et souhaite des moyens pour favoriser le spectacle vivant, la création artistique, l’édition dans leur spécificité culturelle régionale.
-Enfin, déplorant que la loi « nouvelle organisation territoriale de la République » (NOTRe) n’ait pas suffisamment pris en compte les multiples données d’ordre social, culturel, géographique, linguistique, que le contour des nouvelles régions n’ait pas été élaboré à partir des « pays » (ou bassin de vie) et que la réforme n’ait pas eu le courage d’abandonner les sacro-saintes, mais artificielles délimitations des départements et des régions de l’avant-réforme, le Félibrige prévient : « réduire à l’économie et à l’intérêt l’effort de régionalisation, serait un non sens ».
-Le Félibrige demande que les nouvelles régions soient tout naturellement dénommées par les appellations historiques de celles-ci, excluant toutes dénominations farfelues, hasardeuses, touristiques ou sigliques.

C’est cette constance qui a conduit le Félibrige, à l’occasion de la journée nationale des langues régionales du 24 octobre 2015, à adresser une lettre ouverte au Président de la République, au Premier Ministre et aux membres du gouvernement. Elle a été déposée symboliquement ce vendredi 23 octobre 2015 dans toutes les préfectures des régions de langue d’oc.

Voici l’intégralité de la lettre :

-Monsieur le Président de la République
-Monsieur le Premier Ministre,
-Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,

-Le Félibrige, créé en 1854, pour sauvegarder et promouvoir la langue d’oc, perpétue cette œuvre intellectuelle dans tout le Midi de la France et au-delà, réunissant toujours des milliers de personnes mobilisées pour sauver une langue toujours en usage qui a donné à la France une production littéraire considérable depuis le Moyen Âge et un prix Nobel de littérature en la personne de Frédéric Mistral, son fondateur.
Après des années d’indifférence et parfois de mépris de la part de l’État français, cette langue comme l’annonce l’UNESCO, est aujourd’hui en sérieux danger d’extinction.
-La timide tentative de reconnaissance, en 2008 (modification de la Constitution – Art. 75-1), de l’existence des langues régionales en France, seulement en tant que « patrimoine », n’a rien changé dans les faits …
-Le Félibrige a l’honneur de porter, une nouvelle fois, sa position et ses revendications à votre haute connaissance, en soulignant que les revendications qui ont inspiré la philosophie mistralienne sont toujours celles qu’il défend dans le contexte actuel.

1 – Le Félibrige déplore que la Charte des langues régionales ou minoritaires ne soit toujours pas ratifiée quinze ans après sa signature, signature au lendemain de laquelle le Ministère de la Culture et de la Communication proclamait qu’elle était « le symbole de la reconnaissance des différentes langues de France comme élément du patrimoine culturel de la nation » et qu’elle « entrera [it] en vigueur après sa ratification par le Parlement qui devrait intervenir dans le courant de l’année 2000 ».
-Le Félibrige demande donc que cette Charte soit enfin ratifiée. Il se réjouit de la volonté actuellement manifestée et espère que le processus exprimé dans la lettre de Monsieur le Président de la République adressée le 1er juin 2015 à Monsieur le Député Jean-Jacques Urvoas, Président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, aboutira rapidement. Le Félibrige souhaite vivement que le Gouvernement s’emploie avec détermination à montrer aux parlementaires, avant la réunion du Congrès, que la ratification de cette Charte est une avancée pour la République.
-Le Félibrige réaffirme qu’il retient comme seule terminologie pour être employée et défendue : « la langue d’oc dans la diversité de ses parlers » (auvergnat, gascon, languedocien, limousin, provençal). Il rejoint en cela la définition établie par la DGLFLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France) Observatoire des pratiques linguistiques du Ministère de la Culture et de la Communication : « Chaque variété [de la langue d’oc] est l’expression pleine et entière de la langue qui n’existe qu’à travers ses composantes ».
-En défendant la langue d’oc dans toutes ses variantes, le Félibrige entend bien défendre aussi la diversité linguistique et culturelle, sa démarche s’inscrit dans le refus de l’uniformisation, de la globalisation ; dans la volonté de promouvoir une façon de vivre originale, une civilisation authentique, ouverte sur l’universel, plus humaine, moins soumise aux seules lois des « affaires ».

2 – Le Félibrige déplore que l’enseignement des langues régionales soit systématiquement dévalorisé. Le constat montre de façon claire que rares sont les lieux où l’offre est vraiment organisée et que l’information donnée aux parents est largement insuffisante pour ne pas dire d’ordinaire inexistante. À cet égard, le Félibrige espère, conformément à la circulaire de rentrée, que la nouvelle carte des langues qui doit être mise en place avant la fin du mois de décembre dans toutes les académies prendra en compte comme il se doit la continuité et la cohérence des enseignements des langues régionales depuis le cours préparatoire jusqu’à la terminale.
-De la même manière, tout en se réjouissant de la considération accordée aux langues régionales dans le projet de programmes de l’école élémentaire quant à leur enseignement au même titre que les langues étrangères, le Félibrige persiste à penser que la réforme des collèges, telle qu’elle est proposée, avec un enseignement des langues régionales d’une heure hebdomadaire et en interdisciplinarité, marque un net recul, que l’on est ainsi très loin de la loi d’orientation et de refondation de l’école, de juillet 2013. De plus, les conditions de cet enseignement ne sont pas assurées par des moyens horaires et pédagogiques suffisants, que la continuité de l’enseignement des langues régionales n’est pas garantie entre le primaire et la 6ème, ce qui est contraire à la loi de 2001.
-Le Félibrige demande que chaque individu qui le désire puisse accéder à l’enseignement de la langue, de la culture, de l’histoire des Pays d’oc dans le respect de leur intérêt linguistique, culturel et historique et que suffisamment de professeurs soient formés à ces matières.
-Le Félibrige demande qu’une vraie dynamique de valorisation de l’enseignement de la langue d’oc soit instituée sous l’impulsion des recteurs et que les conseils académiques des langues et cultures régionales fonctionnent dans l’ensemble des académies et qu’ils soient le véritable moteur des moyens et de l’offre.

3 – Le Félibrige déplore que la loi « nouvelle organisation territoriale de la République » (NOTRe) n’ait pas suffisamment pris en compte les multiples données d’ordre social, culturel, géographique, linguistique, pratique et ne reflète pas une cohérence de territoires et de cultures. Il regrette également que le contour des nouvelles régions n’ait pas été élaboré à partir des « pays » (ou bassin de vie) et que la réforme n’ait pas eu le courage d’abandonner les sacro-saintes, mais artificielles délimitations des départements et des régions de l’avant-réforme.
-Le Félibrige, dans ses convictions, défend le fait qu’une véritable régionalisation ne saurait négliger aucun des domaines de l’activité régionale, parmi lesquels la langue et la littérature, la culture et les traditions régionales, devraient occuper une place importante, à côté d’autres compétences essentielles comme l’aménagement du territoire, l’urbanisme, la santé, les transports, la protection des sites… ; et que réduire à l’économie et à l’intérêt l’effort de régionalisation serait un non sens, presque une injure à nos « pays ». La cohérence, à la fois matérielle et morale des habitants des nouvelles régions, ne saurait naître de l’économie seule ; elle a besoin pour se réaliser et permettre les efforts nécessaires, de puiser dans tout ce qui est commun aux hommes d’un même « pays », depuis le ciel jusqu’aux moindres mots du parler local.
-Le Félibrige demande que les nouvelles régions, quelle que soit leur étendue, respectent dans leurs spécificités, leurs usages, leur histoire, leurs terroirs et particularités linguistiques, les entités qui les composent.
-Le Félibrige demande que les nouvelles régions soient tout naturellement dénommées par les appellations historiques de celles-ci, excluant toutes dénominations farfelues, hasardeuses, touristiques ou sigliques. Concernant les régions de langue d’oc, il lui semble évident de conserver les noms d’Aquitaine, d’Auvergne-[Savoie], de Languedoc, de Provence.

4 – Le Félibrige déplore que le service public de l’audio-visuel ne remplisse qu’a minima son cahier des charges en matière de langues régionales et que le réseau France Bleu, ignore presque partout cet aspect patrimonial en dépit de ce qui est stipulé : « La société veille à ce que les stations locales contribuent à l’expression des langues régionales ».
-Le Félibrige demande que de véritables émissions en langue d’oc, ainsi qu’un quota de chansons également en langue d’oc soient diffusées par les stations locales de France Bleu et que l’ensemble des régions d’oc bénéficient sur France 3 d’émissions en langues régionales.
-Le Félibrige demande que dans de grandes émissions télévisées décentralisées du service public, telles « Musiques en Fête » à Orange ou la « Fête de la Musique » une place soit réservée à des artistes, musiciens comédiens ou chanteurs d’expression culturelle d’oc.

5 – Le Félibrige déplore que l’information ou l’actualité relatives à la culture d’oc, et cette culture elle-même, soient systématiquement occultées, que la population des régions concernées ne puisse en jouir ou la découvrir d’une façon naturelle et spontanée. Il déplore que les Français dans leur ensemble, ne puissent s’enrichir de la connaissance de la parole et des « trésors » des régions de France.
-Le Félibrige demande que soit instauré un soutien à la création, une politique spécifique en faveur de l’édition, de la presse, du théâtre, du spectacle vivant en général, du cinéma et de la musique dans leur spécificité culturelle régionale. Il demande que l’information relative à la culture et au « quotidien » d’oc soit traitée à égalité avec la culture « nationale ».
-Le Félibrige demande que les collectivités locales (communes, communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines, métropoles, départements, régions) et l’État prennent en charge ce qui est de leur responsabilité, quitte pour ce dernier à adapter la législation.

C’est dans ces formes ainsi décrites, pleinement naturelles, que le Félibrige souhaite voir la France des nouvelles régions prendre son essor et s’orienter vers une société toujours plus unie et plus efficace.
Le Félibrige espère que les assemblées régionales qui seront élues les 6 et 13 décembre 2015, seront le plus possible représentatives des idées ci-dessus exprimées, qu’elles seront les plus aptes à inspirer les dirigeants, décideurs et entreprises à améliorer les conditions de vie régionale et à encourager la prise en compte des spécificités, donc des richesses des terroirs.
-Le Félibrige, fort des idées qu’il a toujours défendues, pense offrir des solutions qui, en assurant un avenir plus dynamique à notre pays, ont l’avantage de restituer aux régions certaines initiatives qui correspondent à un besoin naturel de liberté et de responsabilité rendues trop souvent impossibles par une centralisation abusive.
Frédéric Mistral déclarait le 24 mai 1882 à Albi : « Les sociétés humaines sont soumises à deux balancements contraires, que sont les éléments de son progrès et de sa vie… De la combinaison d’une loi unitaire…, sortira donc, je le crois, la dignité pour tous, la liberté, la vie et la variété dans l’harmonie ». Ces sages paroles sont à la base même de sa pensée : avec ses amis, il n’a jamais cessé d’afirmer que l’unité française était faite pour toujours et consacrée autant par les malheurs partagés en commun que par les communes gloires. Le Félibrige d’aujourd’hui tient à souligner, essentiellement, en tant que mouvement mistralien, que, pour lui, le but d’une réorganisation territoriale, le but d’une régionalisation de notre pays, ne peut qu’être une renaissance régionale dans tous les domaines.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement, l’expression du profond respect du Félibrige.

-Jacques MOUTTET
-Capoulié du Félibrige

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