Langues régionales

Les députés devaient participer à un débat le 7 mai sur la place que l’état devait éventuellement donner officiellement aux langues régionales. Le Félibrige, avant ce débat, leur a adressé le courrier suivant :

Aix le 3 mai 2008

Madame, Monsieur,

Le Félibrige a été fondé en 1854 par Frédéric Mistral et six de ses amis.
-Fidèle aux idées exprimées par ses fondateurs, le Félibrige continue aujourd’hui de militer pour la reconnaissance légale de la diversité linguistique et culturelle en général, pour le maintien et la promotion du patrimoine immatériel que constitue la langue et la culture d’Oc en particulier.

Le Félibrige est la plus ancienne association de défense de la langue et de la culture d’Oc, « dóu Miejour » comme disait Frédéric Mistral.
Depuis sa fondation le Félibrige, et les félibres de Provence en particulier, demandent que notre culture et notre langue aient droit officiellement à l’existence, sans concurrence avec le français, mais en coexistence naturelle.
-Pour cette raison, l’année dernière des milliers de félibres ont manifesté dans la rue pour montrer leur volonté et leur détermination pour demander des droits en faveur de notre langue.

Un grand provençal, M. Charles Mauron, disait « une langue vaut bien une cathédrale ». Nous sommes certain que personne d’entre vous n’accepterait qu’on laisse s’effondrer une cathédrale.

Prochainement, le mercredi 7 mai, à l’Assemblée Nationale, se déroulera un débat à propos des langues régionales de France. Pour nous, Félibres, nous estimons que notre langue d’Oc, (Auvergnat, Dauphinois, Perigourdin, Rouergat, Gascon, Béarnais, Provençal, Languedocien, Limousin …) comme une cathédrale, est une partie intangible de notre patrimoine. Il s’agit de rendre un peu de dignité à une langue reconnue internationalement grâce à Frédéric Mistral, Prix Nobel de littérature.
Par conséquent nous vous serons reconnaissant de bien vouloir soutenir toute initiative visant à donner une place officielle, reconnue, au côté du français, à notre langue d’Oc ; nous vous serons reconnaissant, le moment venu, de voter en faveur d’une loi qui réparera des siècles de rejet, de mépris, de discrimination.

Les 10, 11 et 12 mai, le Félibrige tiendra son congrès annuel national (« la Santo-Estello ») en Provence, à Gréoux les bains. Nous serions très heureux de pouvoir annoncer à nos membres venus par centaines de tous les pays d’Oc, ainsi qu’à la presse qu’un grand progrès en faveur des langues régionales de France, de notre langue d’oc, et du provençal en particulier, est en voie de se réaliser.
-Nous vous y invitons cordialement, en particulier le lundi matin 12 mai, lors du Conseil Général du Félibrige (assemblée générale), et si vous le souhaitez vous pourrez prendre la parole pour annoncer vous-même les résultats que nous espérons positifs et encourageants pour l’avenir de notre langue. Pour des raisons d’organisation, il conviendrait de nous prévenir de votre venue.

Vous trouverez ci-joint les revendications en faveur des langues régionales de France, exprimées par un groupement de différentes associations — dont le Félibrige — qui luttent pour la reconnaissance officielle des langues de France.

Confiants dans votre soutien, veuillez agréer Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments respectueux.

Pour le Bureau du Félibrige :

Lou Capoulié / Lou Baile

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Au lendemain du vote favorable, à une grande majorité, des députés en faveur d’un amendement visant à donner une place officiellement aux langues régionales dans la Constitution, le Félibrige a envoyé le communiqué de presse suivant à la presse régionale et nationale :

Aix le 23 mai 2008

Madame, Monsieur,

Hier 22 mai l’Assemblée Nationale, sur proposition des députés MM. Jean-Luc Warssman, Philippe Folliot, Marc Le Fur et d’autres encore, a voté à la quasi unanimité l’adoption d’un amendement à ajouter à l’article 1 de la Constitution.

L’article 1 dira dorénavant : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. Les langues régionales appartiennent à son patrimoine»

Le Félibrige qui depuis Frédéric Mistral n’a jamais cessé de réclamer une reconnaissance des langues régionales de France, de notre Langue d’Oc en particulier ; le Félibrige qui n’a pas hésité à manifester en masse dans la rue, il y a guère plus d’un an, pour revendiquer cette reconnaissance ; le Félibrige ne peut que se réjouir de cette décision, de cette modification de la Constitution adoptée par l’Assemblée Nationale en faveur des langues régionales de France, mais qui devra cependant être finalisée par le Congrès qui se réunira prochainement.
Désormais la porte, qui conduit à une véritable prise en compte par l’Etat de la richesse que représentent les langues et cultures régionales, est dévérouillée.
-Le Félibrige est parfaitement conscient qu’il ne s’agit que d’une petite avancée et reste déterminé à poursuivre le travail et les actions en faveur de la pleine reconnaissance de nos langues régionales, en particulier de notre Langue d’Oc (Limousin, Auvergnat, Languedocien, Gascon, Provençal, …).
-Le Félibrige remercie publiquement, sincèrement, du fond du cœur, tous les députés, qui sans considération d’appartenance politique, ont voté en faveur de cet amendement. Le Félibrige leur en sera toujours reconnaissants.

Lou Baile
(Secrétaire Général)
Jean-Marc Courbet

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Le 18 juin, le Sénat a voté contre l’insertion d’un amendement en faveur des langues régionales dans la Constitution. Le Félibirge a écrit aux sénateurs de Provence pour exprimer sa déception et son amertume suite à ce vote défavorable. Une lettre analogue a été envoyée aux sénateurs des autres régions de France, adaptée dans son vocabulaire et ses précision à chacune des régions.

24 juin 2008

Madame la sénatrice,
Monsieur le Sénateur,

Ainsi le 18 juin dernier, vous avez débattu puis voté à propos de l’insertion dans la Constitution d’un amendement visant à la reconnaissance officielle des langues régionales de France.
Résultat : 5 / 20
-Non, ce n’est pas la note que nous vous donnons, nous n’oserions pas !
Ce que nous voulons dire c’est que seulement 5 sénateurs provençaux sur 20 ont voté en faveur de l’inscription de cet amendement en faveur des langues régionales dans la Constitution.
-Nous remercions bien sûr, très vivement ceux qui ont voté pour l’inscription de cet amendement : MM. Claude Domeizel, Jean-Noël Guerini, Claude Haut, Jean-François Picheral, Jacques Siffre.

Quant aux autres nous ne pouvons que leur dire notre très grande déception et toute notre amertume.
-Pourquoi refuser la reconnaisance officelle des langues régionales de France ?

– Les troubadours de langue d’Oc qui ont provoqué en France et en Europe une véritable renaissance littéraire du 12è au 14è siècle, n’est-ce pas notre patrimoine ?
– Les chants et la musique celtique de Bretagne, n’est-ce pas notre patrimoine ?
– La renaissance littéraire d’Oc du 19è siècle sous l’impulsion de Frédéric Mistral, Prix nobel de littérature (français !), n’est-ce pas notre patrimoine ?
– La langue et la culture alsacienne pour lesquelles sont morts plus d’un million de jeunes de toutes les régions de France de 1914 à 1918, n’est-ce pas notre patrimoine ?
– Et le flamand, et le Corse, le Basque et le catalan, ce sont les patrimoines de qui ?

Un félibre nous a écrit pour nous dire qu’un de ses ancêtres avait reçu dans les années 1860 la Médaille de Ste Hélène pour avoir participé aux campagnes de Napoléon Ier, il nous faisait remarquer qu’à cette époque-là il devait parler « patois » avec ses collègues provençaux, dans la Grande Armée. Un autre naguère nous disait que son grand-père dans les tranchées devant Verdun parlait provençal la plupart du temps, chantait la Coupo Santo au moment des assauts ou les noëls de Saboly à l’époque de Noël.
-Et pourtant ces provençaux-là étaient de « bons français », ils combattaient pour la France ! C’était aussi le cas de vos grands-pères ? de vos ancêtres !
-Aujourd’hui les descendants, les petits enfants de ces hommes-là, sont toujours français, mais … mais, ils demandent seulement de pouvoir trasmettre aux générations suivantes toutes les richesses de leur langue, de leur culture, ils ne veulent plus être considérés comme des français de troisième classe, ils veulent avoir le droit de garder et de promouvoir une culture vivante, et que ce droit soit reconnu officiellement.

Mesdames, Messieurs, prenez le temps, en pensant aux langues et cultures régionales de France, de relire lentement et attentivement la déclaration des droits de l’homme — il en existe plusieurs versions en langues régionales, datant de 1792, quand la France faisait sa place aux langues régionales ! —
-Pensez à la devise : Liberté – Egalité – Fraternité, ne pensez vous pas qu’il faut la respecter ?

Les français qui pratiquent les langues régionales, qui se font un plaisir à les entendre dans des pièces de théâtre, dans des chansons, à les lire dans des journaux ou des livres, ces français-là ne sont-ils pas tout à fait français ? Doivent-ils être mis à l’écart, rejetés dans des ghettos ? Faudra-t-il les parquer dans des réserves ? ou des centres de rétention ?

Nous vous demandons, à vous, Mesdames et Messieurs les sénateurs qui avaient décidé de voter contre l’inscripition de cet amendement dans la Constitution, de vous ressaissir, de ne plus prêter l’oreille aux discours d’un autre âge, de ne pas croire aux fantômes de l’éclatement de l’état français.
-Inspirez vous plutôt de ce qui s’est fait en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-bas … Ces pays ont fait le pari du modernisme, de rentrer dans une ère de respect de toutes les composantes nationales, de ne pas faire de discrimination à l’encontre des langues et cultures régionales.

Vers la fin juillet en principe, se tiendra le Congrès à Versailles, à ce moment-là n’ayez pas honte de revenir sur votre décision innoportune du 18 juin, ressaisissez-vous et n’hésitez pas à inscrire dans la Constitution quelques mots, quelques phrases, reconnaissant officiellement les langues régionales. Vous satisferez ainsi les 67 % de français qui ont déclaré dans un sondage être favorable à la reconnaissance officielle des langues régionales de France.

Allons, allons, un petit effort, nous sommes au 21ème siècle, nous pouvons être tous unis et cependant respecter nos diversités et en être aussi fiers que d’être français !

Confiants dans votre compréhension, veuillez agréer Mesdames, Messieurs, l’expression de nos respectueuses salutations.

Jacques Mouttet
-Capoulier

Jean Marc Courbet
Secrétaire

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