Correspondance vers L’Académie française

L’Académie française a cru devoir s’élever contre la possibilité d’insérer un amendement en faveur des langues régionales dans la Constitution, elle a envoyé une lettre dans ce sens au Président de la République, le Félibrige a réagi vivement en envoyant une lettre à Mme Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie.

Aix le 19 juin 2008

Mme Hélène Carrère d’Encausse
Secrétaire perpétuel
Académie française
Institut de France
23 quai Conti
75006 Paris

Madame le secrétaire perpétuel,

C’est avec autant de stupéfaction que d’indignation que j’ai appris que vous avez dépêché un courrier urgent à M. Nicolas Sarkozy, Président de la République française, disant entre autres que :
-« les quarante immortels, conscients de leur responsabilité à l’égard de la langue française, s’élèvent contre la tentation de faire entrer les langues régionales dans la Constitution»
-Par ces propos, vous reniez un certain nombre de faits, ce qui risque fort de déconsidérer votre vénérable institution. Nous considérons ces propos comme une discrimination à l’encontre des langues régionales de France ; vous savez ce que veut dire «discrimination»… ?
-Je ne saurais dire avec précision le rapport des différentes langues régionales de notre pays avec la langue française, mais en ce qui concerne la langue d’oc, permettez-moi de vous rappeler quelques faits :

– Après les âges obscurs du haut Moyen-Âge, l’apparition des troubadours écrivant en langue d’oc a été à l’origine d’une véritable renaissance littéraire dans ce qui devait devenir la France, et ensuite dans la plupart des pays d’Europe occidentale. S’il y a une littérature française, elle doit sa naissance aux troubadours de langue d’oc.
– Au 19ème siècle l’Académie française a décerné à Frédéric Mistral le prix Montyon en 1861 pour son œuvre « Mireille » dont nous fêterons le cent cinquantenaire de la première édition en 2009 ; elle a, à nouveau, décerné à Frédéric Mistral le prix Vitet en 1884 pour son œuvre Nerto ; puis en 1891, le prix J. Reynaud pour son dictionnaire de la langue d’oc « Lou Tresor dóu Felibrige » (80 000 entrées, 20 ans de travail !) ; et encore en 1897 le Prix Née pour « Lou Pouèmo dóu Rose » considérée comme son œuvre la plus accomplie. Allez-vous renier les honneurs attribués par vos prédécesseurs à la langue d’oc ?- En 1883, puis en 1896, au moins, vos prédécesseurs ont sollicité Frédéric Mistral pour qu’il se présente à l’Académie française, c’est donc que Frédéric Mistral et la langue d’oc (le provençal) avaient quelques mérites !
– En 1904, vous le savez sans doute, Frédéric Mistral a obtenu le Prix Nobel de littérature, autant que je sache, la France a toujours considéré qu’il s’agit là d’un prix Nobel « français » !
– Nous vous rappelons que M. André Chamson qui fût directeur des Archives de France était aussi membre de l’Académie française ce qui ne l’a pas du tout empêché d’être majoral du Félibrige et un éminent poète de langue d’oc.
-M. André Chamson d’ailleurs prit la parole, au nom de l’Académie française qu’il représentait officiellement, lors de la célébration du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Frédéric Mistral en 1980 à Maillane.

Et puis, vous qui réalisez, de semaine en semaine, le dictionnaire de la langue française qui en principe fait autorité, allez-vous supprimer de celui-ci tous les mots qui proviennent des différentes langues régionales de France ? Si le français existe tel qu’il est, il le doit pour une grande partie à la richesse de vocabulaire des langues régionales.
– D’ici quelques mois, le professeur Jean-Daniel Picard, membre de l’Académie nationale de médecine et de chirurgie va publier un dictionnaire des « Prix Nobel de pensée française », il a intégré «naturellement» Frédéric Mistral, allez-vous lui demander de retirer cette biographie de son ouvrage ?

Comme suite à l’énoncé de tous ces faits, vous comprendrez Madame le secrétaire perpétuel que je vous serais reconnaissant si vous reveniez sur les propos exprimés dans la lettre adressée par l’Académie française au Président de la République.

Espérant en votre compréhension, je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes respectueuses salutations.

Jacques Mouttet
Capoulié du Félibrige

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